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Maltraitance des personnes âgées : détecter et signaler

17/09/2026 • 7 min de lecture

La maltraitance des personnes âgées est une réalité souvent silencieuse. Elle touche d'abord les personnes les plus vulnérables, en particulier celles en perte d'autonomie, parfois isolées et dans l'incapacité de se défendre ou de témoigner. Qu'elle survienne à domicile, chez un proche ou en établissement, il est essentiel de savoir la reconnaître et de connaître les bons réflexes pour la faire cesser. Depuis le 1er mars 2026, un numéro national unique et gratuit, le 3133, centralise les signalements. Voici ce qu'il faut savoir pour détecter les signes d'alerte et agir à temps.

Qu'est-ce que la maltraitance d'une personne âgée ?

La maltraitance se manifeste par des gestes, des paroles, des actions ou des omissions qui portent atteinte aux droits, aux besoins fondamentaux ou à la santé de la personne. Concrètement, elle peut prendre la forme de coups ou de brimades, mais aussi d'une absence de soins appropriés, qui est tout aussi grave. Elle n'est pas toujours intentionnelle : un aidant épuisé qui néglige les soins de son proche peut, sans le vouloir, commettre des actes de maltraitance.

Les différentes formes de maltraitance

La maltraitance peut revêtir plusieurs formes, souvent associées entre elles :

  • Physique : coups, brutalités, privation de nourriture ou de soins.
  • Psychologique ou morale : brimades, menaces, humiliations, chantage affectif, infantilisation, privation de visites.
  • Financière ou matérielle : détournement d'argent ou de biens, usage abusif d'une procuration, pressions pour modifier un testament.
  • Négligence : absence de soins, d'hygiène, de surveillance, privation de médicaments ou d'alimentation.
  • Institutionnelle : dans un établissement, une organisation qui ne respecte pas la dignité des résidents (effectifs insuffisants, restrictions de liberté injustifiées).

Pourquoi la perte d'autonomie accroît-elle le risque ?

La perte d'autonomie, mesurée par le GIR (Groupe Iso-Ressources) au moyen de la grille AGGIR, place la personne dans une situation de dépendance vis-à-vis de son entourage ou des professionnels qui l'accompagnent. Cette dépendance, qu'elle soit physique, cognitive ou financière, rend la personne plus exposée : elle peut difficilement se soustraire à une relation d'emprise ou dénoncer ce qu'elle subit. C'est pourquoi l'entourage joue un rôle déterminant dans la détection.

Les signes qui doivent vous alerter

La maltraitance est rarement avouée : la victime peut avoir peur, avoir honte, ou ne pas être en capacité de s'exprimer en raison de troubles cognitifs. Ce sont donc souvent les proches qui repèrent les signaux d'alerte.

Les signes physiques

  • Ecchymoses, brûlures ou fractures inexpliquées.
  • Perte de poids inexpliquée, déshydratation, dénutrition.
  • Mauvaise hygiène corporelle, vêtements souillés, escarres.
  • Dégradation de l'état de santé sans raison médicale claire.

Les signes psychologiques et comportementaux

  • Repli sur soi, anxiété, tristesse inhabituelle, dépression.
  • Peur ou agitation en présence d'une personne précise.
  • Refus soudain de recevoir des visites ou de participer à la vie sociale.
  • Troubles du sommeil, perte d'appétit.

Les signes financiers

  • Disparition d'argent liquide, de bijoux ou d'objets de valeur.
  • Retraits bancaires inhabituels ou chèques signés dans la confusion.
  • Factures impayées alors que les ressources devraient suffire.
  • Modification soudaine d'un testament, d'une procuration ou d'un contrat d'assurance-vie.

À domicile comme en établissement

La maltraitance peut survenir partout : à domicile, de la part d'un proche aidant épuisé ou d'un intervenant à domicile, comme en EHPAD ou en maison de retraite. Si vous hésitez entre un maintien à domicile et un accueil en établissement, notre article maintien à domicile ou EHPAD : comment choisir vous aide à peser les critères de sécurité et de qualité de vie.

Le 3133, le numéro national pour signaler une maltraitance

Depuis le 1er mars 2026, le 3133 est le numéro national unique dédié à la lutte contre la maltraitance envers les personnes vulnérables. Il remplace l'ancien 3977. Gratuit et accessible 7 jours sur 7, de 9 h à 20 h, il peut être composé même en cas de simple doute. Il s'adresse à la fois aux victimes et aux témoins : proches, aidants, voisins, ou toute personne inquiète pour une personne âgée, en situation de handicap ou de précarité.

Un professionnel formé vous écoute, vous conseille et oriente votre démarche. Si les faits relèvent d'une maltraitance, le signalement est transmis à l'autorité compétente : l'agence régionale de santé (ARS), le conseil départemental ou la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités. Vous pouvez demander l'anonymat : un pseudonyme peut être utilisé et vous pouvez demander à ne pas être rappelé.

Les autres recours utiles

  • En cas de danger grave et immédiat : composez le 17 (police-gendarmerie) ou le 112 (numéro d'urgence européen).
  • Le médecin traitant : il est souvent le premier à constater des signes et peut orienter.
  • Le conseil départemental : il gère l'APA et les services d'aide aux personnes âgées.
  • Le CCAS de la commune : il peut intervenir en lien avec les services sociaux locaux.

Comment signaler une maltraitance ?

Si vous êtes la victime

Parlez-en à une personne de confiance : un membre de votre famille, votre médecin traitant, l'infirmière ou l'aide à domicile qui s'occupe de vous, ou encore une assistante sociale. Sachez que vous pouvez recevoir chaque jour la visite de vos proches si vous y consentez, sans avoir à prévenir l'établissement dans lequel vous vous trouvez. Vous pouvez aussi appeler directement le 3133.

Si vous êtes un témoin

Proche, voisin, ami ou simple connaissance : vous pouvez signaler une situation qui vous inquiète au 3133, même si vous n'êtes pas certain qu'il s'agisse d'une maltraitance. Il vaut mieux un signalement qui se révèle infondé qu'une maltraitance qui se poursuit faute d'avoir été portée à la connaissance des autorités. Votre démarche peut être anonyme.

Si vous êtes un professionnel

Les professionnels de santé, du social et du médico-social sont tenus au secret professionnel, mais ils peuvent effectuer un signalement auprès des autorités médicales, administratives ou judiciaires. En cas de danger grave et immédiat pour la personne âgée, ce signalement devient une obligation : ne pas le faire expose à des poursuites pour non-assistance à personne en danger (article 223-6 du code pénal).

Le cadre légal qui protège les personnes âgées

La lutte contre la maltraitance repose sur plusieurs textes qui encadrent à la fois les droits des personnes et les obligations de signalement :

  • Code pénal, article 434-3 : obligation de signaler les privations, mauvais traitements et agressions sexuelles.
  • Code pénal, article 223-6 : non-assistance à personne en danger.
  • Code pénal, articles 226-13 et 226-14 : secret professionnel et ses dérogations en matière de maltraitance.
  • Code de l'action sociale et des familles, articles L119-1 et L119-2 : signalement des maltraitances.
  • Code de l'action sociale et des familles, article L313-24 : protection des agents qui signalent une maltraitance en maison de retraite ou à l'hôpital.
  • Code de l'action sociale et des familles, articles L311-3 à L311-12 : droits des personnes hospitalisées ou en maison de retraite.

La protection de ceux qui signalent

Pour lever la crainte de représailles, la loi protège les personnes qui effectuent un signalement de bonne foi : le code de l'action sociale et des familles (article L313-24) prévoit notamment qu'un professionnel qui signale une maltraitance dans un établissement ne peut pas être sanctionné pour ce signalement.

Que faire en cas d'urgence ?

Si la personne est en danger immédiat — violences en cours, risque vital — appelez sans attendre le 17 ou le 112. Mettez la personne à l'abri si vous le pouvez et conservez tout élément utile : témoignages, documents, ordonnances, photos. Ces éléments pourront appuyer le signalement et, le cas échéant, une procédure judiciaire.

Questions fréquentes

Le 3133 est-il payant ?

Non. Le 3133 est un appel et un service gratuits, accessibles 7 jours sur 7, de 9 h à 20 h. Vous pouvez le composer même en cas de simple doute, sans engagement.

Puis-je signaler une maltraitance de façon anonyme ?

Oui. Afin de garantir votre anonymat, vous pouvez utiliser un pseudonyme lors de votre appel au 3133, ou demander à ne pas être rappelé. Le signalement peut donc être effectué sans crainte de représailles.

Que se passe-t-il après mon appel au 3133 ?

Un professionnel analyse votre situation. Si elle relève de faits de maltraitance, la déclaration est transmise à l'autorité compétente (agence régionale de santé, conseil départemental ou direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités). Vous êtes informé de la progression de votre demande par retour de mail. Dans les autres cas, vous êtes orienté vers les interlocuteurs adaptés à votre situation.

La dépendance accroît la vulnérabilité

Si vous êtes inquiet pour l'autonomie d'un proche, évaluez son niveau de dépendance (GIR) en 2 minutes.

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